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The Billion Dollars Code

Aussi jouissif sur la forme que pertinent dans le fond, ce David contre Goliath à la sauce informatique s’avère passionnant de bout en bout.

Berlin, post-chute du mur. Se rencontrent Carsten et Juri, deux étuditants passionnés de nouvelles technologies. Le premier est un artiste, le second un programmeur incroyablement doué. Avec une poignée d’amis, ils mettent au point le procédé TerraVision permettant de nous montrer la Terre comme depuis l’espace. Tel David Vincent dans Les Envahisseurs, les deux doivent alors « convaincre un monde incrédule que la révolution Internet a déjà commencé ». Mais nous ne sommes qu’en 1993, et le développement du concept s’avère tumultueux. Pire : dans l’ombre, le futur roi du monde Google, guette et « emprunte » allègrement la méthodologie de nos petits génies allemands pour concevoir le fameux Google Earth.

Cette histoire s’inspire très largement de Joachim Sauteur, véritable inventeur du programme, qui a intenté en 2014 un procès contre le géant de l’informatique. Et puisque vous n’avez probablement jamais entendu parler de TerraVision, vous vous doutez de comment ça s’est terminé… Dans cette mini-série de quatre épisodes d’environ une heure chacun, ce procès est retracé. Il est aussi question d’héritage culturel, d’interrogation sur l’art virtuel quant à sa transmission, etc.

Heureusement, aucun besoin de maitriser parfaitement les définitions d’« algorithme » ou « arborescence » pour profiter au mieux de cette production signée Oliver Ziegenbalg. Le cœur de la série, c’est la mutation de notre monde.

Un monde où les geeks ont pris le pouvoir. Les solitaires boutonneux autrefois montrés du doigt ont largement pris leur revanche en s’invitant au centre des débats économiques. Notre duo de naïfs teutons, pourtant à la pointe, est déjà en retard : des nerds autrement plus cyniques ont récupéré les codes du capitalisme pour assoir leur domination. Désormais, les cabinets d’avocats mènent la danse. Pour mettre en image cette lutte (métaphorisée à l’écran par l’utilisation du mythique jeu-vidéo
« Pong » à divers moments-clés), le réalisateur use de procédés américains pour nous tenir en haleine – montage hollywoodien, caméra en mouvement même dans les scènes de dialogue – mais n’en abuse jamais. Idem pour la bande son qui nous imprègne de l’univers technoïde du Berlin de l’époque sans jamais jouer la carte des tubes évidents et de la nostalgie facile. Les auteurs s’appuient surtout sur le formidable quatuor d’acteurs qui interprètent Juri et Carsten à 20 et 50 ans, superbes dans leur manière d’épouser contradictions et remaniements du passé.

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