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C’est arrivé près de chez vous

L’Eure-et-Loir, son patrimoine, ses villages, ses paysages de carte postale, ont souvent servi de décor pour des tournages de films, dont certains sont devenus kultes.

En ce 15 février 1965, il flotte comme un parfum de testostérone, d’élégance et de suspense aux abords du château d’Anet. Car cette petite commune de 2500 âmes, située au nord du département d’Eure-et-Loir, accueille un grand brun (mais avec deux chaussures noires). Et pas n’importe lequel. Son nom est Bond. James Bond. En l’occurrence Sean Connery, l’icône écossaise montante du cinéma d’action, qui incarne à l’époque l’espion le plus connu de Sa Majesté. Il est à Anet pour tourner une scène d’Opération Tonnerre (Thunderball), troisième film dans lequel il campe le rôle de l’agent 007, après Docteur No et Goldfinger.

La scène en question, c’est celle de l’ouverture du film. Elle se déroule dans le cadre ravissant du château d’Anet, construit en 1548 par le roi Henri II de France pour Diane de Poitiers. Ce joyau de la Renaissance, chef d’œuvre du patrimoine français, est d’ailleurs à (re) découvrir, puisqu’il est ouvert à la visite.

Revenons au pré-générique d’Opération Tonnerre. Après avoir distribué quelques bourre-pifs au méchant dans les hauteurs du château, James Bond échappe aux gardes du corps, avec panache, en survolant la bâtisse à l’aide d’un jet-pack. « Un homme élégant ne doit pas sortir sans cet engin. C’est un appareil sensationnel », clame James Bond, sourire en coin, à sa partenaire qui l’attend au pied du château. Avant de s’évaporer dans les rues du village à bord de sa célèbre Aston Martin DB5…

À noter que le château d’Anet servira à nouveau de décor, quelques années plus tard, à un autre film kulte : Quand La Panthère Rose s’emmêle (1976).

Le maladroit – et drôlissime – inspecteur Clouseau, interprété par Peter Sellers, rend visite au début de l’histoire à son supérieur, interné dans une clinique psychiatrique… qui n’est autre que le château d’Anet.

LA VIE DE CHÂTEAU

Mais la vie de château a attiré de nombreux autres réalisateurs en Eure- et-Loir.

C’est à Saint-Symphorien-le-Château (aujourd’hui Bleury-Saint-Symphorien), à 25 kilomètres au nord-est de Chartres, que les équipes de Bernard Borderie ont tourné en 1965 de nombreuses scènes d’Angélique et le Roy. Dans ce troisième volet des aventures de la marquise des anges, interprétée par Michelle Mercier, le spectateur passionné y suit fébrilement les amours tumultueuses d’Angélique et de son bien-aimé, Joffreeeeeey.

Changement d’ambiance en 1998. Les murs du château de Saint-Symphorien, construit du XVIe au XIXe siècle, vibrent cette fois-ci sous les rires gras des personnages du film d’Alain Poiré Les Visiteurs 2, Les Couloirs du Temps. Christian Clavier et Jean Reno ont l’art d’y mettre une certaine animation à la fête de mariage…

En 2009, le biopic sur Gabrielle Chanel, Coco avant Chanel, avec Audrey Tautou dans le rôle-titre, fera la part belle dans de nombreuses scènes aux rues de Béville-le-Comte et à son château de Baronville, bâtisse privée datant du XVIIe siècle classée Monument historique.

Mais on ne saurait évoquer les châteaux du département et le cinéma sans mentionner celui de Maintenon. Si son histoire remonte au Moyen-Âge, comme en témoigne sa tour carrée du XIIe siècle, sa renommée est incontestablement

liée à celle Françoise d’Aubigné, future marquise de Maintenon, qui achète le domaine en 1674, l’agrandit, l’embellit, avant de devenir l’épouse secrète de Louis XIV en 1684.

HÉLICO PRESTO

300 ans plus tard, c’est une scène d’anthologie qui y est filmée, sous les caméras de Georges Lautner. La scène finale du Professionnel, avec Jean-Paul Belmondo. 2 minutes et trente secondes de pur suspense, où la vie de l’agent des services secrets Joss Beaumont est entre les mains d’un colonel et d’un ministre, en plein dilemme téléphonique : le laisser rejoindre l’hélicoptère posé dans le parc du château, ou l’abattre ? Le côté dramatique de la scène est sublimé par le thème musical Chi Mai, composé par le Maestro, Ennio Morricone (et qui accompagnera le cercueil de Bebel lors de son hommage national aux Invalides). Les dernières images du Professionnel dévoilent l’architecture du château de Maintenon vu du ciel, son parc dessiné par Lenôtre, et son aqueduc construit par Vauban, surplombant le grand canal qui devait amener les eaux de l’Eure à Versailles.

Dans un registre plus joyeux, Jean-Paul Belmondo avait déjà foulé le sol eurélien en 1968, pour le tournage de la comédie de Gérard Oury Le Cerveau, avec Bourvil et David Niven. C’est
à Péronville, aux limites de l’Eure-et-Loir et du Loiret, et plus précisément sur un pont de chemin de fer au-dessus de la route départemental 110, que se joue en effet l’attaque du train postal transportant les fonds de l’OTAN.

EN ROLLS AVEC PIERRE RICHARD À DREUX

Les deux principales villes du département, Chartres et Dreux, ont également eu les honneurs du cinéma.

En septembre 1972, les caméras d’Yves Boisset sont à pied d’œuvre dans la cité drouaise. Le réalisateur y tourne R.A.S., film qui se déroule au moment de la guerre d’Algérie et qui aborde la manière dont l’Armée française a traité l’insoumission de certains appelés. Le premier tiers du récit voit ses actions se dérouler sur le sol français, plus spécialement à Dreux. L’ambiance qui anime la masse des jeunes appelés y est potache, avant que l’embarquement très agité des soldats sur les quais
de la gare de Dreux annonce une deuxième partie à l’ambiance tout autre, sur les terres arides algériennes.

L’atmosphère est plus légère en 1978, quand le duo Pierre Richard / Victor Lanoux débarque en gare de Dreux pour le film de Gérard Oury La Carapate. C’est l’occasion d’apercevoir l’église Saint-Pierre et ses rues commerçantes environnantes, avec pour guide Pierre Richard au volant d’une Rolls-Royce…

L’enfant terrible et insatiable réalisateur Jean-Pierre Mocky choisira également le département pour servir de cadre à son film Votez pour moi, sorti en 2007. Rattrapé par des affaires de mœurs et de corruption, le maire d’une petite ville de province convoque ses trois adjoints avant de s’enfuir : l’un d’eux devra assurer sa succession. Dès lors, ils deviennent des rivaux acharnés. Trahisons, inventions, révélations… Tous les coups sont permis pour accéder au pouvoir. Le tournage se déroule dans trois communes d’Eure-et- Loir : Dreux, Coulombs et Torcay.

T’AS LE BONJOUR D’ALBERT

Chartres, ville-préfecture eurélienne, peut s’enorgueillir d’avoir également été le théâtre de nombreux tournages. Citons, pêle-mêle, pour l’exemple : Les Trois Mousquetaires de Henri Diamant-Berger (1921) ; l’essai documentaire Vérités et Mensonges d’Orson Welles (1973) ; Baraka de Ron Fricke (1992) ; le téléfilm Jean Moulin d’Yves Boisset (2002) ; Le Chignon d’Olga de Jérôme Bonnell (2002) ; Le Promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian (2005) ; Versailles de Pierre Schoeller (2008) ; Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé (2009) ; Rien de personnel de Mathias Gokalp (2009) ou encore : Rodin de Jacques Doillon (2017), avec Vincent Lindon, avec plusieurs scènes tournées à la cathédrale.

C’est l’occasion de rendre hommage au « Monsieur cinéma » de Chartres, Albert Blanchard. Apparaissant dans Rodin, l’homme à la barbe toujours finement taillée et portant haut le couvre- chef compte plus de 80 films et téléfilms à son actif en tant que figurant ou acteur de complément. Il s’installe à Chartres à la fin des années 50 et ouvre un salon de coiffure rue de la Clouterie. Passionné par le 7e art, il décroche son premier rôle de figurant en 1970, dans la série Pause-café. Au gré de ses rencontres, il enchaînera ensuite pendant 35 ans les rôles ou figurations dans Les Ripoux, Madame Bovary, Germinal, Astérix et Obélix contre César, Micmacs à Tire-larigot, La Princesse de Montpensier… Sa « gueule » et sa barbe lui ont permis de jouer des rôles très variés : clochard, paysan, cardinal…

Les trublions de Groland l’ont même transformé en un Ben Laden improbable, vêtu d’un turban, de palmes, d’une couronne de fleurs, d’un string rouge et d’un soutien-gorge en noix de coco !

Dans les années 2000, la Ville de Chartres lui confiera la mission de coordinateur des tournages. Il conjuguera ainsi ses deux passions, Chartres et le cinéma, en se faisant l’avocat de sa ville de cœur pour en vanter les mérites et les atouts auprès de sociétés de production et d’instances publiques qui contribuent à la réalisation des longs et courts métrages.

Il est décédé le 23 janvier 2017 à l’âge de 77 ans.
Un livre, sorti en 2015, lui est consacré : Silence, on tourne : Souvenirs d’un figurant.

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