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Benoit Marty :

Au cœur des joueuses

Depuis son arrivée au club de basket chartrain en 2011 au poste d’assistant, Benoît Marty fait presque partie des meubles. De l’AB Chartres au C’Chartres Basket, l’entraîneur de l’équipe féminine a pu voir le club évoluer et se structurer, jusqu’à frôler la montée en Ligue Féminine, le plus haut-niveau national. De ses spécificités aux objectifs suspendus au contexte sanitaire, Benoît Marty nous donne son expertise sur le basket féminin et sur son équipe du C’Chartres Basket.

Depuis vos débuts dans le coaching basket, vous avez essentiellement entraîné les féminines. Est-ce un hasard ou une préférence de votre part ?
BM : En fait, c’est un concours de circonstances puisque j’ai commencé ma carrière d’entraîneur au club de Brive-la-Gaillarde d’où je suis originaire, et l’équipe fanion était féminine. J’ai été très vite plongé dans l’univers du basket féminin.
Par la suite, j’ai également entraîné les joueuses de l’Union Corrèze en jeunes.
Depuis le début, c’est vrai que mon expérience s’est faite essentiellement chez les filles.

Au cours de votre carrière, avez-vous eu des opportunités pour entraîner une équipe masculine ?
BM : Pas spécialement et je n’en ai pas cherché. Le basket féminin me plaît beaucoup parce qu’il est différent de celui des hommes.

D’ailleurs, quelles sont ses différences, ses spécificités ?
BM : Ce sont les mêmes gestes techniques mais chez les garçons, l’aspect verticalité et athlétique prédomine, ce qui est moins vrai chez les filles. Le basket féminin est plus collectif même si des individualités peuvent briller. L’aspect mental et l’approche des joueuses est différent. Il faut par moment faire preuve de plus de tact et diplomatie pour faire passer des messages qui peuvent être exprimés de façon plus directe chez les hommes. Il faut être présent pour les accompagner, les rassurer et les guider. Il y a beaucoup moins d’égo à gérer, ce qui ne veut pas dire qu’elles n’ont pas de caractère.

En 2017, votre équipe fait une saison remarquable, mais est malheureusement battue en finale des Playoffs la privant d’une montée en LFB. Vous êtes élu meilleur entraîneur de LF2 par vos paires. J’imagine que cette récompense est une maigre consolation ?
BM : Ce sont deux choses très différentes. Il faut rappeler qu’en début de saison, nous ne faisions pas partie des équipes favorites pour la montée. Pourtant, l’alchimie a pris très vite avec 2 fortes individualités Magali Mendy et Tiffany Clark. Le groupe était très jeune, très complémentaire et nous avons réalisé une énorme saison. Être élu meilleur entraîneur, ça fait toujours plaisir, mais ça ne remplace pas une récompense collective et un titre de Champion. Il n’y a pas de regrets à avoir car l’équipe est allée au bout d’elle même. Nous sommes passés à rien de cet exploit, mais cela reste un excellent souvenir et une grande année sportivement, la meilleure de l’histoire du club jusqu’à présent.

La saison suivante est plus compliquée avec le départ de Magali Mendi, la blessure de Tiffany Clarke et une place de relégable à 1 mois et demi de la fin du championnat…
BM : Saison très compliquée effectivement. Tiffany se blesse en novembre et reste éloignée des terrains pendant 10 semaines. Nous avons accumulé les pépins physiques durant cette saison et j’ai dû gérer beaucoup plus de problèmes qu’en 2017. À certains moments, nous étions dernier. Quand on accumule les mauvais résultats, cela impacte forcément l’équipe mentalement.

Pourtant vous parvenez à accéder encore une fois aux playoffs. Quel a été le déclic pour briser cette spirale négative ?
BM : Nous avions un match capital à jouer à domicile face à Arras et nous avons décidé de faire une mise au vert. Cela se fait beaucoup dans le football et le rugby mais rarement dans le basket. Le vendredi, nous étions tous réunis à l’hôtel afin de resserrer le groupe.
Il fallait trouver des leviers de motivation forts et les filles ont répondu présentes. Par la suite, nous avons enchaîné sur une bonne série ce qui nous a permis de nous maintenir et nous qualifier pour les playoffs.

Comme dans tous les sports, le championnat de basket féminin est extrêmement perturbé. Quelles ambitions peut-on nourrir dans ce contexte si particulier ?
BM : Pour le moment, il y a un gros point d’interrogation sur le déroulement ou non des playoffs. La situation sanitaire rend les choses compliquées. Jouer à huit clos, c’est perdre le sens de notre sport. À domicile ou à l’extérieur, les joueuses ont besoin du public pour se transcender et partager des émotions. Les règlements changent également en cours d’année puisqu’il a été décidé que le 1er de la saison régulière allait monter directement. Les playoffs ne se joueront peut-être pas ou dans une formule différente.L’équité sportive est difficile à respecter en fonction des équipes touchées par le virus, des matchs reportés. Nous étions sur une bonne dynamique jusqu’à fin octobre, puis nous avons été touchés assez durement par la Covid. Cela a coupé notre élan et on a du mal à relancer la machine. Les objectifs sont difficiles a fixer aujourd’hui et évolueront en fonction des aménagements du championnat.

Depuis votre prise de fonction d’entraineur en 2014, avez-vous senti une évolution du club en terme de moyens financiers et d’objectifs ?
BM : Totalement. Quand j’ai pris l’équipe en main, le budget était de 450 000 euros. Aujourd’hui, il est de 600 000. Le club s’est structuré, nous avons un centre d’entraînement labellisé qui nous garantie d’avoir une équipe U18 en championnat de France et en nationale 3. Les dirigeants sont ambitieux et ont mis en place un projet sur 3 ans pour monter en LFB. C’est ma 10e année au club et je l’ai vu grandir au point de devenir un acteur majeur de la ligue 2. La mairie met également des moyens importants pour nous aider.
Depuis l’année dernière, nous pouvons utiliser les bus de Chartres Métropole pour les déplacements. Ils sont aménagés et nous permettent de voyager confortablement.

En 2018, vous êtes entraîneur adjoint de l’équipe de France féminine aux championnats d’Europe. Quelles expériences en avez-vous tiré ?
BM : C’est une expérience très riche. Représenter son pays, porter le maillot et chanter la marseillaise, c’est une chance inouïe. L’aventure est différente qu’en club, et c’était très intéressant d’encadrer le
haut-niveau des jeunes basketteuses de moins de 16 ans en Lituanie. C’est donc une expérience très enrichissante sur le plan sportif mais aussi sur le plan humain. Les staffs sont formés avec des personnes qui viennent de différentes horizons, les entraîneurs nationaux de la fédération, les entraîneurs de clubs, les assistants…
Une expérience que je souhaite vivement renouveler l’été prochain au Portugal, à l’occasion de l’Euro U16.

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